Désespérer des hommes ?

75 % des Français, indiquent couramment les sondages, font « confiance à la justice de leur pays ».
Le 11 janvier 2015, les « je suis la police » copinaient avec les « je suis charlie » et les « je suis juif ».
Ces déclarations d’amour ne naissent pas de l’ignorance. Elles naissent de la trouille.
Il suffit d’avoir à connaître de l’appareil judiciaire français pour – le plus souvent – quitter à son égard toute velléité de respect.
Il suffit de rapporter l’insensé déploiement de forces les 9 au 11 janvier à leur squelettique résultat (zéro reddition ; zéro otage sauvé par l’intervention policière) pour toucher terre.
L’appareil judiciaro-policier est une sorte de statue de commandeur, l’intouchable parce qu’inamovible kabba, garant de la légitimité des autres institutions, elles capables de faillir. Le Français moyen attend donc de ce phare qu’il demeure insoupçonnable. Car autrement plus rien ne tiendrait.
Voilà pourquoi la magistrature française évolue très au dessus de la loi commune. Voilà pourquoi les errements nombreux des « forces de l’ordre » bénéficient d’une quasi impunité.

Des chiffres ? Des faits ? En voici.
Environ 8000 magistrats de l’ordre judiciaire – siège et parquet – participent à rendre chaque plusieurs dizaines de millions d’actes et de décisions juridictionnels.
Cette caste est « surveillée » par un organe disciplinaire. Bon an mal an, cet organe prononce… entre 3 et 5 sanctions négatives.
L’erreur est humaine. Or le magistrat ne se trompe jamais. Donc le magistrat n’est pas un homme.
Ce syllogisme mérite pondération. Certes le magistrat est un sur-homme, comme l’entend d’ailleurs bien cette corporation d’exception. Cependant, il lui arrive couramment de faillir. Le problème (ou plutôt sa résolution) c’est que tout s’organise pour lui garantir une impunité maximale.
- Civilement, l’Etat prend en charge les éventuelles fautes lourdes commises par la justice. Un dispositif – appelé action récursoire – existe qui permet à l’Etat de se retourner contre le magistrat fautif. Jamais telle procédure n’a été entamée !
- Pénalement, le magistrat est juge et partie : soit qu’il participe lui-même ( !) au rendu de décisions le concernant. Soit, et plus fréquemment, qu’il soit jugé par ses copains de bureau !
Disciplinairement, l’organe de contrôle – le conseil supérieur de la magistrature – soit rend les décisions que l’on vient de chiffrer de 3 à 5 (pour site csm), soit – sur saisine d’un usager – classe sans suite de 99 à 100 % des plaintes –
Enfin, dans les cas de litiges civils ou pénaux entre magistrats et particuliers, la procédure débute, le plus généralement et le plus tranquillement, devant la juridiction du magistrat !
Ce lien vers Observatoire des Libertés donne une juste vue de l’état des lieux. Des non-lieu, plus exactement.
http://observatoire-des-libertes.blogspot.fr/p/decisions-judiciaires.html
Et le monde médiatico-politique continue à bêler de sollicitude devant l’indépendance des magistrats ; indépendance qui plus est confirmée et renforcée par tous les gardes des sceaux de droite ou de gauche !